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L'exposition "Hyper" de 2007 à 2009 par Denis Darzacq

D’un coté, le décor stéréotypé et anxiogène des « lieux de vie » que sont devenus les hypermarchés, et de l’autre la puissance orgueilleuse de corps en action qui refusent la soumission et le silence.

Avec la série Hyper, Darzacq photographie de jeunes danseurs des rues exécutant des sauts divers dans les hypermarchés de Rouen et de Paris. Dans ces images, les mouvements exaltés et finalement sans but de ces corps dansants perturbent l’organisation disciplinée du supermarché, obstruant les routes tracées par et pour les sujets consommateurs. Ce sont des mouvements pour le plaisir du mouvement. Ainsi que Paul Valéry l’a exprimé dans son étude sur la danse, de tels mouvements s’opposent à l’utilité ; ils résistent, en refusant de s’assujettir aux conditions économiques. Ils se suffisent à eux-mêmes. Aux rayonnages bien ordonnés et aux boîtes de conserve empilées s’oppose alors la résonance élastique des corps des danseurs; aux objets factices en plastique fluorescent se dresse leur vivacité jubilatoire; aux mobilités vouées à la seule consommation et imposées par l’espace du supermarché répond leur liberté absolue.

Capturés au milieu du mouvement, en suspension, tels des saints en lévitation, dans des contorsions organiques qui créent un contrepoint stupéfiant à la rigidité ordonnée du supermarché, les corps des danseurs paraissent en état d’ ex-stasis voluptueuse. Les images oscillent entre la légèreté et la gravité.

 

Amanda Crawley Jackson, Janvier 2009.

Jaja